Voyage initiatique d’une entrepreneuse en 3 leçons

Aïe

Aïe

Réveil douloureux : tête des mauvais jours, cerveau engourdi, yeux sensibles à la lumière, sensations désagréables d’un matin ordinaire après une nuit supplémentaire à chercher le sommeil. Moi ? Chercher le sommeil, c’est une première ! Foi de marmotte décomplexée.

Diagnostic ? Surchauffe cérébrale, besoin imminent d’enclencher le circuit de refroidissement. La paire de basket ne suffit plus, j’envisage sérieusement de les troquer contre un sac de frappe, mais … Pas assez de niaque pour m’infliger ça. Je choisis la facilité et  je me traîne jusqu’à la boulangerie, c’est tellement plus réconfortant un bon shoot de sucre.
Pause… Pause… PAUSE… PAUUUUUUUSE !!!
Vu que je sens que ce début de journée va s’inscrire dans les annales de la productivité, j’en profite pour reprendre ma plume et larguer la sauce !

Des semaines, des mois que je m’acharne, sans résultat ! Niet, que dalle, nada, rien ! J’atteins les limites de ma patience (toute petite ma patience). Pourtant je me suis lancée en connaissance de cause, les entrepreneurs s’investissent corps et âme dans leur projet, un parcours long et laborieux jusqu’à la délivrance, l’atteinte de l’objectif ultime. Je ne fais pas figure d’exception : l’œil brillant, le cerveau bouillonnant d’idées et de projections éblouissantes d’épanouissement et d’accomplissement personnel. J’ai abordé mon projet entrepreneurial le couteau entre les dents, l’envie d’en découdre, de me dépasser : l’entrepreneuriat, une expérience unique, une chance à saisir, un périple qui s’apparente à une grande aventure, des émotions fortes, de l’adrénaline injectée en intraveineuse, la pure, la vraie, la bonne ! Je veux me tester, me sentir vivante, je veux des émotions fortes, je veux VIBRER ! Je fonce et j’enfonce tout ce qui peut me barrer la route. Je suis déterminée mais franchement … Épuisée !
Mince alors… Il y a erreur sur la marchandise. Ça me fait mal de le reconnaître mais l’enthousiasme des débuts est déjà bien entamé. J’ai plutôt la sensation de me consumer intérieurement ! C’est le moment de prendre du recul.

Leçon n°1 : A reprendre ton souffle, tu veilleras !

Soyons clair, je n’ai rien de la figure emblématique de l’entrepreneur, ni du charisme de Tony Stark ! Je crois que j’ai plus de points communs avec Hulk… Le vert me va très bien en plus. J’ai investi tout ce que j’ai (moi, mes neurones, mon ego, mon avenir, mon livret A et aussi celui de Monsieur) et par voie de conséquence je suis un tout petit peu sous pression, à partir du moment où vous décidez de faire All In, la pression monte et vous surinvestissez jusqu’à l’épuisement. Hyper sensible à la moindre petite brise, les braises s’enflamment, note pour plus tard : Penser à travailler son sang-froid, question de santé psychique.

Leçon 2 : Les pièges, tu éviteras !

Quand vous vous baladez avec votre badge d’aspirant entrepreneur, vous devenez soudainement une proie cernée de charognards. On vous regarde de façon bienveillante, on tâte votre laine et si vous n’y prenez pas garde, vous serez tondu en un claquement de doigts. Et croyez-moi, ils se contre foutent que l’hiver approche. Défilé des espèces de mon nouvel environnement professionnel :

  • L’expert-comptable : Un choix délicat. Je suis tombée sur un renard. Flatterie et démonstration de pseudo coup de force. Son sens aiguisé de l’odorat est en train de renifler ma naïveté : « Est-elle assez novice pour lui refiler des commissions sur des services inutiles ? Je vais l’appâter avec mes fichiers xls gratos »  WTF ! Pas cette fois mon ami, tu t’es gouré de victime. J’ai flairé le piège, je garde le sourire bien que je brûle de lui retourner son bureau sur sa tête ! Pauvre type ! Bravo ! Il a réussi à m’énerver ! Je sais, je sais, je prends l’évènement trop à cœur, je ne supporte pas les vautours.  Conclusion, restez sur vos gardes, choisissez le comme vous choisiriez votre médecin. Allez en rencontrer plusieurs. Soyez attentifs, n’hésitez pas à le mettre à l’épreuve.

    Méfiez-vous du chant des sirènes...

    Méfiez-vous du chant des sirènes…

  • Le syndicat professionnel du thé : Silence…Silence… Et toujours silence ! Ils sont toute une équipe d’après la liste des contributeurs affichés sur leur site internet…Mais personne ne donne suite à mes sollicitations. Je m’inquiète, peut-être que je devrais contacter la police ?!
  • La CCI : On m’a reçu, on m’a écouté… On m’a jamais rappelé… J’ai rappelé… Et pour se débarrasser de mes sollicitations encombrantes on m’a fait comprendre qu’ils n’ont pas beaucoup de temps à m’accorder ! Enfin…Parait que c’est de ma faute, c’est moi qui n’insiste pas assez lourdement !!! (note pour plus tard, les appeler toutes les 10 min jusqu’à ce que mon téléphone rend l’âme ou que leurs nerfs craquent !)
  • Les agences immobilières : Pas besoin d’en rajouter, la profession ne m’a pas attendu pour salir sa réputation. Et ce n’est pas moi qui vais la lui blanchir. Le marché des locaux commerciaux est plutôt en berne, je m’attends à ce qu’on me fasse la cour. Que dalle ! Je me méprends sur toute la ligne et m’aperçois très vite que petit budget = petite attention. Soyons clairs, j’ai pas suffisamment de gras sous les plumes pour les faire saliver. Circulez, j’ai un business à faire tourner et des commissions à chasser ma p’tite dame. On respire un grand coup, on gonfle le thorax et on repart à la chasse du local idéal. Merde ! Moi qui pensais m’installer sur les champs Elysées niçois, je suis déçue. 😉 Peut-être que je pourrai prétendre à me retrouver dans un garage en sous-sol, si on me fait une fleur !
  • L’avocat : Des tarifs exorbitants mais ils sont indispensables pour vous prémunir d’éventuels litiges à venir. Perso, j’aime que les choses soient nettes dès le départ, je ne suis pas du genre à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Comme tout prestataire de service intellectuel, voyez-en plusieurs, éventuellement des juristes aussi, n’hésitez pas à les tester, à jouer les ignorants pour voir dans quelle direction ils vous orientent. Vous remarquerez qu’il y a qu’une seule législation mais que sous leurs recommandations elles sont contradictoires à les écouter ! Dingue non ?
  • Les amis : Ne pas compter sur ses amis, ceux que vous considérez comme ou ceux qui se prétendent l’être. Qu’ils vous proposent leur soutien ou que vous les sollicitiez pour leur domaine de compétence, écartez les. Vous découvrirez que soient ils ne le sont pas, compétents, soit qu’au moment où se sera à leur tour de jouer ils ne tiendront pas leur engagement, soit les 2. Rien de pire que de déléguer à ses plus proches amis. L’erreur évidemment, c’est qu’on se méfie pas des potes, ça vous prend par surprise.
  • Les artisans : On est tellement fier de faire appel à l’artisanat français, tellement ravi de leur donner du travail, c’est tellement bleu, blanc, rouge. Bon, à en croire leur capacité de réaction, ils doivent être absolument débordés, le carnet de commande plein jusqu’en 2025. Ah, si mes parents avaient su que l’artisanat, c’était un métier d’avenir, je n’aurai certainement pas fait une école de commerce à nous en crever le plafond du découvert autorisé. Là encore, j’ai du passé à côté de quelque chose, on m’aurait donc menti ? Je veux bien que les matériaux et la main d’œuvre ça représente un coût certain, mais de là à ce qu’ils m’adressent des factures au taux horaire plus élevé que celle de l’avocat, mon gars… J’en ai peut-être pas l’air mais je ne suis pas si mauvaise en calcul mental. Encore une fois, ça me rend folle de rage ! Ça s’apparente grandement à du raquette, mes pauvres amis, c’est d’un pitoyable !
  • Courtier : « Je vous ai pris rendez-vous… Rappelez-moi après »… « Donc, concrètement, votre intervention se limite à me mettre en contact ???? » (Façon diplomate de dire en fait je te paie pour être ma secrétaire?)… »Votre dossier est trop petit »… »Fallait me le dire d’entrée que mon dossier ne vous intéresse pas, vous me faites perdre mon temps !!!! » Rappelez-moi de ne pas vous recontacter !!!!
  • Banquiers (directeurs d’agence) : des grattes papiers qui ouvrent leur gueule mais n’ont plus aucun pouvoir ! Par ailleurs, attention à ne pas se faire saigner comme un porc si tu acceptes de pactiser avec eux !
  • Organismes de soutien aux entrepreneurs : sont là pour maintenir leurs revenus du CG et autres partenaires privés, si tu peux te démerder sans eux, c’est mieux, si jamais tu les incites à contribuer, tu commences à les ennuyer.
  • J’ai oublié quelqu’un ?
    Ah oui ! Et un élément essentiel de la planosphère de l’entrepreneur : la famille ! Alors bien qu’elle soit dotée de bonnes intentions à votre égard, c’est elle qui vient enfoncer le couteau à son insu. La famille ne comprend pas ce que vous traversez, elle s’enquiert juste de savoir quand est-ce qu’enfin vous ouvrirez et reprendrez le travail. Je me sens légèrement oppressée ? Mais la famille c’est sacré, alors bon… On fait avec ! Elle gagne toujours de toute façon. Bref, pas facile de communiquer quand l’émotionnel est présent. Je ne me suis jamais sentie aussi seule au final.
  • Et le meilleur pour la fin : Les administrations.
    Alors là, on pète tous les records, accrochez-vous ! Les exigences réglementaires sont (trop) nombreuses et pour certaines absolument néfastes au développement économique local. Nos fonctionnaires eux-mêmes ont des difficultés à vous répondre. Pire, quand par conscience des choses bien faites, vous sollicitez la 15ième personne, en 1h14 min de coup de fil et après avoir arpentée toutes les succursales, on vous répond qu’ils ne sont pas mandatés pour répondre à vos questions, qu’il faut que vous fassiez appel à des consultants (la blague !) je peux vous jurer que je suis au bord de l’implosion. S’ils me lisent, ils savent où me trouver (j’ai volontairement laissé mes coordonnées), je serai contente de partager une bonne tasse de thé à leur santé.
La maison qui rend fou

La maison qui rend fou

Leçon n°3 : Une décision, tu prendras !

Jeter l’éponge, et mettre un terme à cette période de chômage mal vécue ou continuer en ce sens sans savoir si tu t’acharnes en pure perte ?
357 jours se sont écoulés depuis que j’ai démarré le projet. 357 jours d’apnée. Pas une journée sans que le projet n’ai quitté le centre de mes préoccupations. Je vis exclusivement pour lui, arriver au bout est devenue une obsession, une nécessité absolue. L’échec n’est pas une option (clin d’œil à la NASA). J’ai retourné le problème en long en large et en travers dans mon noir insomniaque. Tout ce qui n’est pas constructif pour le projet ne m’intéresse pas ou … Plus ou … A peine. Je m’interdis les distractions, les loisirs, parce que pointer sur Pole-emploi.fr ça me culpabilise.

Je ne pleure pas, je ne ris pas, mais le vide qui est devant moi commence à peser lourd, je ne connais pas la fin de l’histoire, mais je sais que potentiellement elle peut être différente de celle que j’avais envisagée. Encore un jour de plus à essayer de se convaincre que j’ai eu raison de me lancer dans cette aventure, et à trouver l’énergie nécessaire pour continuer à se battre pour réaliser ses rêves, à supporter le doute et à taire l’angoisse qui grandit à chaque nouvelle contrariété. Pour annihiler toutes perturbations extérieures supplémentaires, je m’isole, histoire de rester focaliser et … Finalement de m’embourber encore un peu plus. Je ne donne plus de nouvelles, ceux qui en ont c’est qu’ils m’ont quasi forcé la main. J’ai tendance à m’isoler quand j’ai le moral sapé, histoire de ne pas contaminer les autres. C’est plutôt sympa, non ?

Nous n’en sortirons pas, la potion magique ne peut pas nous aider ici

Résumé de la situation : Des institutions peu concernées, des prestataires véreux, des organismes inutiles, des administrations à vous taper la tête contre les murs, des banquiers frileux et la pression de l’entourage… Mon challenge, trouver un local commercial bien situé, avec du potentiel, d’une surface convenable, sans droit au bail, ni pas de porte, au loyer modéré et ceux sans prêt bancaire, ni prêts d’honneurs !

Franchement, je ne vois pas où est le problème… (Excusez-moi, vous auriez une corde s’il vous plaît ?)
Comment ça, je pète les plombs ?
Mais pas du tout !!!
Je crois que je vais aller m’aérer quelques jours.

5 réflexions au sujet de « Voyage initiatique d’une entrepreneuse en 3 leçons »

  1. Bonjour,

    Effectivement la création d’une entreprise est tout sauf un long fleuve tranquille, et je suis également d’accord avec vous pour dire que les conseilleurs ne sont pas les payeurs… Mais il faut garder le moral et continuer, car une fois passé tout cela ça vaut le coup. Vous pouvez m’appeler à la boutique si vous avez besoin de conseil ou juste pour échanger sur nos expériences respectives. Sincèrement n’hésitez pas, l’isolement est pire que tout et il souvent parfois plus facile de parler librement à un parfait inconnu.

    Bien cordialement
    Gwénolé Coppel (Tea & Ty)
    02.23.20.75.96

    • Bonjour Tea & Ty,
      Les difficultés sont nombreuses (surtout et essentiellement quand le financement de départ est maigre), et les domaines de compétences à mobiliser pour la création sont multiples. Certains aspects requièrent d’être accompagné, même si on essaye d’être actif dans toutes les démarches pour être en mesure de conserver un certain niveau de maîtrise (autant que possible). Par ailleurs, on alterne les petites victoires et les grosses déceptions, on avance (ou stagne) sans savoir si tout cela aboutira, quand et comment. Nous sommes sûrs que d’une seule chose : nous ne voulons pas renoncer sans avoir fait tout ce que nous pouvions pour réussir, si on doit abandonner, ce ne sera qu’après avoir vider nos tripes ! Personnellement, le sport m’aide beaucoup à me repositionner dans une dynamique positive, on se vide de sa colère (un gros, très gros paquet à revendre) et on y retourne (j’en ai pas fini) !
      Vos messages sont aussi source de réconfort, merci Gwénolé.

  2. eh ben, ça ne va pas m’encourager à me reconvertir dans le thé… j’avoue que l’ouverture d’une boutique de thé me trotte dans la tête depuis longtemps, mais je redoutais le côté « gestion & paperasses ».
    à te lire, c’est largement pire que ce que j’aurais pu imaginer…
    bon courage à toi, j’espère que ton projet finira par aboutir !!

    • Moi non plus à dire vrai, je n’avais pas pris la mesure des problèmes que nous allions devoir affronter. Comme toujours, on a beau nous prévenir, tant qu’on a pas vécu l’expérience par nous même …
      On se concentre sur l’objectif, il n’ y a plus que ça pour nous rappeler que ça vaut la peine de se saigner. Je vous tiens au jus 😉

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